Deuxième producteur africain de manganèse, le Gabon veut mettre fin à l’exportation de minerai brut d’ici 2029. En accélérant les projets de transformation locale et en mobilisant des partenaires internationaux, Libreville tente de capter une part plus importante de la valeur ajoutée de ce métal stratégique pour la sidérurgie et la transition énergétique.

De l’extraction à la transformation : un tournant stratégique
Le signal envoyé par le Gabon lors du dernier Mining Indaba au Cape Town est sans ambiguïté : l’avenir du secteur minier gabonais ne se jouera plus uniquement dans l’extraction.
Avec 9,4 millions de tonnes de manganèse exportées en 2024, le pays s’est imposé comme le deuxième producteur africain de ce minerai indispensable à la production d’acier. Mais pour Libreville, l’équation économique reste déséquilibrée : la majorité de la valeur ajoutée continue d’être captée par les industries de transformation situées en Asie ou en Europe.
Désormais, l’objectif est clair : transformer sur place une part croissante de la production, en la convertissant en ferromanganèse et silicomanganèse, deux alliages essentiels pour la sidérurgie mondiale.

Sortir du modèle extractif
Aujourd’hui, le secteur minier représente environ 6 % du PIB gabonais. Pourtant, l’essentiel des bénéfices industriels – emplois qualifiés, transfert de technologies et revenus fiscaux – est généré hors du pays.
Pour rompre avec ce modèle, les autorités ont fixé une échéance forte : 2029 marquera l’interdiction des exportations de manganèse brut.
Au-delà d’une simple mesure réglementaire, cette décision vise à positionner le Gabon dans les chaînes de valeur industrielles mondiales, notamment celles liées aux technologies énergétiques et aux batteries de nouvelle génération.
Le projet NGM, premier test industriel
Dans cette nouvelle stratégie, le projet porté par Nouvelle Gabon Mining constitue un jalon important.
Présente dans les régions de Franceville et Okondja, l’entreprise a annoncé en 2025 la construction d’une unité de production d’alliages de manganèse.
Avec une capacité initiale de 70 000 tonnes, l’installation reste modeste à l’échelle mondiale. Mais sa portée symbolique est considérable : elle prouve que la transformation métallurgique peut émerger localement, malgré les contraintes énergétiques et logistiques propres à la production de ferro-alliages, très gourmande en électricité.
Des financements pour structurer une industrie
Le projet bénéficie de l’appui de la plateforme industrielle Africa Minerals and Metals Processing, créée par l’entrepreneur Gagan Gupta.
Un soutien financier décisif est intervenu en novembre 2025, lorsque le Fonds pour le développement des exportations en Afrique a mobilisé 300 millions de dollars pour soutenir des projets de transformation minière sur le continent.
L’objectif est clair : combler le déficit historique d’infrastructures métallurgiques en Afrique et favoriser l’émergence d’industries locales capables de rivaliser avec les centres de transformation internationaux.

Les géants miniers sous pression
Cette nouvelle doctrine industrielle concerne également les acteurs historiques du secteur, notamment Eramet et sa filiale gabonaise Compagnie Minière de l’Ogooué, qui exploite l’un des plus grands gisements mondiaux à Moanda.
Ces groupes devront progressivement adapter leurs stratégies pour intégrer davantage de transformation locale, sous peine de voir leurs exportations limitées par le nouveau cadre réglementaire.
Ce que ce virage pourrait changer pour le Gabon
Si cette stratégie aboutit, les retombées pourraient être majeures :
- industrialisation accrue du secteur minier
- création d’emplois qualifiés dans la métallurgie
- augmentation des recettes fiscales et d’exportation
- positionnement du pays comme hub métallurgique régional
Mais le défi reste considérable. La réussite de ce pari dépendra largement de la capacité du pays à sécuriser une énergie abondante et compétitive, condition indispensable pour produire des ferro-alliages à grande échelle.
Une course contre la montre vers 2029
À quatre ans de l’échéance fixée par les autorités, le Gabon entre dans une phase décisive de sa stratégie industrielle.
Si les projets en cours se concrétisent, le pays pourrait franchir un cap historique : passer du statut d’exportateur de minerais à celui d’acteur industriel intégré dans les chaînes de valeur mondiales du manganèse.
La transformation du sous-sol gabonais pourrait alors devenir le moteur d’une nouvelle phase d’industrialisation nationale.






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