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Manganèse : avec Eramet, le Gabon passe de l’extraction à la puissance industrielle

Le protocole d'accord signé entre l'État gabonais et Eramet marque un tournant dans la politique de valorisation des ressources naturelles du Gabon.

Pendant plusieurs décennies, le Gabon a été reconnu comme l’un des plus grands producteurs mondiaux de manganèse, tout en exportant l’essentiel de cette richesse sous forme de minerai brut ou faiblement transformé. Ce modèle, longtemps rentable, montre aujourd’hui ses limites face aux nouvelles exigences de la transition énergétique mondiale et à la volonté des États africains de mieux capter la valeur créée par leurs ressources naturelles.

La signature du protocole d’accord entre l’État gabonais et le groupe Eramet, en présence du président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema et de son homologue français Emmanuel Macron, dépasse largement le cadre d’un simple partenariat industriel. Elle traduit une évolution profonde des relations entre le Gabon et ses partenaires économiques : désormais, l’exploitation des ressources devra s’accompagner d’une industrialisation locale, de transferts de savoir-faire et de création d’emplois.

Un partenariat aligné sur la vision du Gabon

Depuis son arrivée à la tête de l’État, le président Brice Clotaire Oligui Nguema défend une orientation économique claire : transformer localement les ressources nationales afin d’augmenter leur contribution à la richesse du pays.

Cette stratégie est déjà visible dans plusieurs secteurs. Le bois est soumis à une interdiction d’exportation sous forme de grumes. Les autorités ont annoncé la fin progressive des exportations de manganèse brut à l’horizon 2029. Dans les hydrocarbures, les nouveaux contrats encouragent également une plus grande valeur ajoutée locale.

Le protocole conclu avec Eramet constitue ainsi une traduction concrète de cette politique industrielle. Les deux partenaires travailleront sur trois scénarios permettant de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d’ici 2031.

L’enjeu est considérable. Le manganèse est devenu un métal stratégique pour la fabrication d’aciers spéciaux, mais également pour certaines générations de batteries destinées aux véhicules électriques et aux systèmes de stockage d’énergie. À mesure que la transition énergétique s’accélère, la demande mondiale pour ce minerai devrait continuer de croître.

Le défi majeur : l’énergie

L’un des enseignements les plus importants de ce protocole réside dans la reconnaissance explicite d’un obstacle bien connu des industriels : l’accès à une énergie abondante, stable et compétitive.

Transformer du minerai nécessite d’importantes capacités électriques. En inscrivant noir sur blanc son engagement à garantir cette disponibilité énergétique, l’État gabonais reconnaît que la réussite de son ambition industrielle passera autant par le développement des infrastructures que par les investissements miniers eux-mêmes.

Autrement dit, la politique industrielle du Gabon ne pourra réussir sans une montée en puissance parallèle des capacités de production électrique, des réseaux de transport et des infrastructures logistiques.

Le biocharbon : un pari sur une métallurgie plus verte

Autre innovation majeure : la création d’une filière gabonaise de biocharbon.

Produite à partir des résidus de l’industrie forestière, cette ressource pourrait progressivement remplacer une partie des combustibles fossiles utilisés dans les procédés métallurgiques.

Le projet pilote lancé à Lastourville avec Precious Woods, puis l’objectif d’une unité de production de 10 000 tonnes par an d’ici 2029, répondent à une double logique.

La première est environnementale : réduire l’empreinte carbone des activités métallurgiques.

La seconde est économique : créer une nouvelle filière industrielle fondée sur la valorisation des coproduits forestiers, générant des revenus supplémentaires pour l’économie nationale.

Dans un contexte où les grands groupes miniers sont de plus en plus soumis aux exigences ESG (Environnement, Social et Gouvernance), cette orientation pourrait devenir un avantage compétitif pour le Gabon.

« Fabriqué au Gabon » : au-delà des mines

L’accord ne se limite pas au manganèse.

Le lancement d’un fonds d’amorçage industriel baptisé « Fabriqué au Gabon » constitue probablement l’un de ses aspects les plus structurants.

L’objectif affiché est ambitieux : soutenir l’émergence de nouvelles entreprises industrielles nationales et contribuer à la création de 3 000 emplois.

Ce fonds pourrait permettre le développement d’activités de sous-traitance, de fabrication d’équipements, de maintenance industrielle ou encore de transformation de matières premières locales.

En d’autres termes, il ne s’agit plus seulement de produire du manganèse, mais de construire progressivement un véritable écosystème industriel gabonais.

Un changement de paradigme dans les relations avec les investisseurs

Pendant longtemps, les relations entre les États africains et les groupes miniers internationaux reposaient essentiellement sur l’exploitation des ressources et leur exportation.

Le protocole signé avec Eramet montre une évolution notable de cette logique.

L’investisseur demeure un partenaire industriel majeur, mais il s’inscrit désormais dans une stratégie nationale définie par les autorités gabonaises.

Le partage de la valeur, la transformation locale, la création d’emplois, le développement des compétences et l’intégration des entreprises locales deviennent des objectifs aussi importants que les volumes de production.

Cette évolution correspond à une tendance observée dans plusieurs pays producteurs de ressources stratégiques, où les États cherchent à mieux maîtriser leur développement industriel.

Les défis restent nombreux

L’ambition est réelle, mais sa réussite dépendra de plusieurs conditions.

Le premier défi sera celui du financement des investissements industriels.

Le second concernera la disponibilité de l’énergie, indispensable aux futures unités métallurgiques.

Le troisième portera sur la formation de la main-d’œuvre nationale afin de répondre aux besoins croissants en compétences techniques.

Enfin, la compétitivité des futures unités gabonaises devra être préservée face à une concurrence internationale particulièrement forte, notamment en Asie.

L’analyse de Sous Sol d’Afrik

Ce protocole d’accord représente bien plus qu’un simple engagement entre un État et un groupe minier.

Il illustre la volonté du Gabon de modifier durablement son modèle économique en faisant de ses ressources naturelles un levier d’industrialisation plutôt qu’une simple source de revenus d’exportation.

Le choix d’Eramet de s’inscrire dans cette nouvelle dynamique témoigne également d’une évolution des partenariats internationaux, désormais davantage orientés vers la création de valeur locale.

Si les projets annoncés se concrétisent, le Gabon pourrait progressivement devenir non seulement l’un des principaux producteurs mondiaux de manganèse, mais aussi un acteur industriel de référence dans la transformation de ce minerai stratégique.

À l’heure où la compétition mondiale pour les métaux critiques s’intensifie, ce protocole pourrait marquer le début d’une nouvelle phase du développement économique gabonais, fondée sur une ambition simple : produire au Gabon, transformer au Gabon et créer davantage de richesse au Gabon.

Le Fondateur Sous-sol d’Afrique Né du cœur de l’Afrique, au service de sa transformation.

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