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100 jours du Gouvernement : comment le Gabon remet son secteur pétrolier en mouvement

Longtemps confronté à l’érosion naturelle des champs matures, à la nécessité de restaurer l’attractivité du bassin sédimentaire et aux tensions récurrentes sur l’approvisionnement énergétique, le secteur pétrolier gabonais semble entrer dans une nouvelle phase. Au terme des cent premiers jours du Gouvernement, les signaux envoyés par les autorités dessinent les contours d’une stratégie qui ambitionne de conjuguer relance productive, souveraineté énergétique et consolidation des capacités nationales. Derrière les chiffres affichés, c’est une redéfinition progressive du rôle du pétrole dans l’économie gabonaise qui semble se mettre en place.

Pendant plusieurs années, le débat autour du pétrole gabonais s’est souvent résumé à une interrogation : comment maintenir la contribution d’un secteur historiquement central dans l’économie nationale face au vieillissement des gisements, à la concurrence régionale et aux mutations du marché mondial de l’énergie ?

Dans les faits, les cent premiers jours du Gouvernement apparaissent comme une tentative de réponse structurée à cette équation.

Le premier marqueur de cette nouvelle orientation réside dans la volonté affichée de remettre de la cohérence dans la gouvernance du secteur. Le ministère du Pétrole et du Gaz revendique aujourd’hui un taux d’exécution de 97,83 % de sa feuille de route, un indicateur présenté comme le reflet d’une accélération administrative et technique sur les dossiers prioritaires. Réforme du cadre légal, relance contractuelle, contrôle des infrastructures, sécurité d’approvisionnement ou encore contenu local : l’action engagée semble vouloir couvrir simultanément les enjeux de production, d’investissement et de souveraineté.

Une attractivité pétrolière que le Gabon tente de reconquérir

Dans une industrie pétrolière où la compétition entre juridictions se joue autant sur la stabilité réglementaire que sur le potentiel géologique, l’un des principaux enjeux pour le Gabon reste sa capacité à redevenir une destination crédible pour les capitaux énergétiques.

Sur ce terrain, les signaux envoyés ces derniers mois traduisent une volonté claire de repositionnement.

Neuf contrats d’hydrocarbures ont été signés en 2025 avec différents opérateurs, pendant que deux protocoles d’accord ont été conclus avec ExxonMobil et BP, dans le but de renforcer l’exploration pétrolière, notamment en eaux profondes et ultra-profondes. Ces accords, au-delà de leur portée symbolique, renvoient à une logique économique simple : restaurer la confiance des investisseurs dans un bassin pétrolier parfois perçu comme mature, mais dont le potentiel demeure significatif.

Cette dynamique contractuelle s’accompagne d’une relance assumée de l’exploration. Sur 44 blocs sollicités, 38 ont été attribués — soit un taux d’attribution de 86,4 % — dont 31 en zones deep et ultra deep water. À travers ces chiffres, c’est un choix stratégique qui se dessine : préparer aujourd’hui les volumes de demain, dans un contexte où le déclin naturel de certains champs impose d’anticiper les futurs relais de production. Les zones attribuées couvrent désormais environ 93 057 km², soit plus d’un tiers du domaine pétrolier national.

Produire davantage, mais surtout préparer l’après

Pour un pays producteur, la véritable difficulté ne réside pas uniquement dans la signature des contrats, mais dans la capacité à convertir ces engagements en barils, en revenus budgétaires et en activité économique.

C’est dans cette perspective que plusieurs actifs sont aujourd’hui présentés comme structurants.

Le champ de Grand N’Gongui, situé dans la zone de Gamba, concentre une attention particulière. Avec des réserves estimées à 350 millions de barils et une entrée en production annoncée en avril 2026, ce champ pourrait générer environ 10 000 barils supplémentaires par jour. Dans un environnement marqué par l’érosion progressive des champs historiques, cet apport est loin d’être anodin : il représente une tentative de stabilisation des capacités productives nationales.

Même logique du côté du champ Magoga, dont le potentiel est estimé à 24 millions de barils en place, avec une production initiale envisagée autour de 2 300 barils quotidiens. À horizon plus lointain, le projet Boudron — dans le cadre du permis Dussafu — pourrait atteindre un pic de 25 000 barils/jour en 2028, illustrant une approche désormais pensée dans la durée.

Dans le même temps, le rachat des actifs de Tullow Oil et SMP Afrique, ayant permis un gain estimé de 12 000 barils/jour supplémentaires, traduit une ambition plus discrète mais tout aussi stratégique : renforcer progressivement la maîtrise nationale des actifs jugés critiques.

De la production à la souveraineté énergétique

Le pétrole n’est cependant qu’une partie de l’équation.

L’une des évolutions les plus visibles de ces cent jours réside dans la volonté affichée de réduire les vulnérabilités liées à l’approvisionnement énergétique national, notamment sur le gaz domestique.

Alors que les tensions sur les bouteilles de gaz ont régulièrement alimenté les préoccupations des ménages, les autorités mettent en avant une capacité d’approvisionnement estimée à environ 200 tonnes de GPL par jour, accompagnée d’un renforcement des opérations de remplissage destiné à limiter les ruptures.

Le centre emplisseur de Port-Gentil a été livré, celui de Moanda est en cours, tandis que des entrepôts ont été mis en place à Oyem, Franceville et Tchibanga afin de rapprocher les stocks des zones de consommation. La logique est claire : faire de la sécurité énergétique un enjeu d’aménagement du territoire autant qu’une question industrielle.

À cela s’ajoute le renforcement du réseau de distribution, avec treize stations-service livrées en un an sur plusieurs localités du pays, participant à améliorer l’accès aux carburants et à fluidifier la chaîne d’approvisionnement.

La bataille du contenu local

Dans le secteur pétrolier, la souveraineté ne se mesure pas uniquement au volume des réserves ou à la signature des contrats. Elle se mesure aussi à la capacité d’un pays à faire émerger des compétences nationales.

Sur ce registre, les indicateurs avancés traduisent une progression notable de la gabonisation des emplois dans le secteur aval. La présence gabonaise dans les effectifs suivis est passée de 69 % à 84 %, tandis que les pompistes gabonais représentent désormais 96 % des effectifs. Dans les fonctions de caisse, de restauration ou encore de graissage, la présence nationale atteint 97 %.

La formation apparaît également comme un levier structurant : 230 agents ont été formés au premier trimestre 2026, au-delà des objectifs prévus, avec l’ambition affichée de renforcer les capacités administratives de suivi, de régulation et de contrôle du secteur.

Au-delà des chiffres, le défi de la transformation

Mais les cent jours ne constituent qu’un point de départ.

Car si le Gouvernement semble avoir enclenché une dynamique de relance, le véritable test se jouera désormais sur la transformation concrète de cette impulsion en résultats durables : production stabilisée, recettes publiques consolidées, emplois qualifiés, infrastructures résilientes et meilleure redistribution des retombées économiques.

La réforme du cadre légal des hydrocarbures, évaluée à 80 % d’avancement, reste à finaliser. L’exploitation du gaz, la réduction du torchage, la consolidation des infrastructures critiques et l’accélération du contenu local constitueront également des indicateurs décisifs dans les années à venir.

Une chose apparaît néanmoins plus nettement après ces cent jours : le pétrole gabonais n’est plus seulement abordé comme une rente d’exportation, mais comme un levier de souveraineté, d’investissement et de transformation économique. Reste à convertir cette ambition en résultats perceptibles pour les populations et durables pour l’économie nationale.

Le Fondateur Sous-sol d’Afrique Né du cœur de l’Afrique, au service de sa transformation.

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